25 novembre 2008

Journal de Bord - Kerguelen, Ouest // Board Diary - Kerguelen, West

Mercredi 12 novembre 2008

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Le Marion vogue toujours sur une mer calme bien que couverte de nuages. Dans un peu plus d’une heure, nous atteindrons le versant sud-ouest de Kerguelen, pour déposer quelques pédestres et courageux scientifiques, sur la péninsule Rallier du Baty.

La voici ! L’horizon se heurte à un obstacle inédit. Il y a encore peu de temps étouffé par la chape nuageuse, il dévoile finalement une grande muraille stoppant net l’océan. Quelques îlots isolés avaient déjà signalé l’approche de la terre. La voici, concrète, étalant sa grandeur dans une vision quasiment fantasmagorique. L’île naît, sans nul détour, de l’océan. La péninsule impose son prestige. Le baromètre a eu beau chuter au cours de ces dernières heures, la mer reste somme toute tranquille, n’en déplaise au vent balayant furieusement le navire. Les Monts Rallier du Baty et leurs confrères se voilent et se dévoilent au grès des mouvements de la brume, tantôt épaisse, tantôt étiolée, quoi qu’il en soit toujours présente. Les cimes gardent bien leur mystère, et ne livrent comme indices que les pentes tombant témérairement de leurs éminences, tels les glaciers Pascal et de l’Infernet surplombant les fumerolles.

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Abandonnant la baie enserrée par le Cap de la Découverte et le Cap de Rouly, face à la Plage du Feu de Joie, le bateau s’échappe un bref instant vers le large, pour franchir le Cap Bourbon dominé par le Pic Saint-Allouan. (…) Une immense chaîne de montagnes semble choir des cieux pour fuir, intempestive, titiller les profondeurs abyssales. Des lueurs improbables se reflètent sur les flancs de montagnes jamais gravies, en des landes jamais foulées de l’arrogance victorieuse des hommes.

Le Cap Bourbon une fois franchit, le Marion-Dufresne glisse doucement le long des côtes, dépasse la Anse de Lours sous le regard amusé de l’Arête Jérémine jusqu’à faire face à la vallée des Ables, précédée de la Anse du Gros Ventre. Un morceau de Coulée de Vulcain, dégoulinant doucement vers la vallée, se distingue à gauche. Une plaie béante écarte les cimes audacieuses et libère plaines et modestes mamelons, tandis que l’œil distingue vaguement, dans le lointain, les premiers contreforts du Glacier Arago.

Jeudi 13 novembre 2008

Durant toute la nuit, le Marion-Dufresne a navigué plein nord en longeant la côté Ouest des Kerguelen, pour gagner environ un degré de latitude. (…) Ces régions, les plus isolées de l’archipel, étaient dominées par la Calotte Glaciaire Cook recouvrant Le Dôme, immensité glaciaire escamotée par la nuit, mais qui ne manquait pas de rappeler sa proche présence via un vent glacial qui s’abattait par intermittence sur le bateau.

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Les caps Coupé, du Patanela, Aubert, d’Estaing et Français sont successivement franchis, jusqu’à la Baie de l’Oiseau où le Marion-Dufresne peut élire mouillage, face à la mythique Arche de Kerguelen, qui se dévoile enfin.

Elle trône à l’extrémité de la bien nommée Pointe de l’Arche. Deux piliers rocheux monumentaux se dressent et dessinent une porte majestueuse dont seuls les vents et la neige, qui tombe par petits flocons, semblent avoir la clé. Des falaises enserrant la baie se jettent de multiples cascades, tandis que le rideau maritime est déchiré par les vents violents soufflant en surface.

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Wednesday, 12th of November 2008

The Marion is still riding on a quiet sea although it’s covered by clouds. In a bit more than one hour, we will be reaching the western side of Kerguelen, to deposit some pedestrian and courageous scientists, on the “Rallier du Baty” peninsula.

Here it is! The horizon is banging on an not viewed obstacle. Few times ago still suffocated by clouds, it finally reveals a great wall stopping the ocean. Some isolated small islands already signalled the approaching ground. Here it is, concrete, spreading its greatness in an almost ghostly vision. The island starts, with no detour, from the ocean. The peninsula imposes its prestige. In spite of recent barometer drop, the sea remains on the overall peaceful, whatever the wind furiously sweeping the ship dislike. The “Rallier du Baty” mounts and its neighbours partly reveal themselves depending on the moves of the mist, sometimes thick, sometimes stretched, always there in any case. Summits keep their mysteries, and only give for clues foolhardiness slopes falling from their tops, such as the “Pascal” and “Infernet” glaciers overhanging the “smoke columns”.

Abandoning the bay inserted by the “Cap of Discovery” and the “Cap of Rouly”, in front of the “Beach of the Joy Fire”, the boat shortly escapes out of sea, to go ahead from the “Bourbon Cape” dominated by the “Saint-Allouan Peak”. (…) A huge chain of mountains seems to by falling from the skies to end with scratching the abyssal depths. Improbable lights reflect themselves on the flanks of never climbed mountains, in never walked on by victorious arrogance of men lands.

Once the “Bourbon Cape” went ahead, the Marion-Dufresne softly slips along the coasts, leaving the “Anse de Lours” under the laughing look of the “Jérémine Ridge”, until it faces the “Ables Valley”, preceded by the “Large Belly Cove”. A piece of “Vulcan Flow”, softly trickling to the valley, is viewable on the left. A gaping wound spreads the audacious summits and makes plains and modest mountains free, as the eye vaguely distinguishes, in the far away, the first parts of the “Arago Glacier”.

Thursday, 13th of November 2008

All night long, the Marion-Dufresne sailed full north along the West Coast of the Kerguelen, to win around one latitude degree. (…) Theses areas, the most isolated of the archipelago, were dominated by “Glacial Cook Cap” covering “The Dome”, glacial immensity hidden by night, but which didn’t miss making feel its presence via a glacial wind coming down from times to times on the boat.

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The “Coupɔ, “Patanela”, “Aubert”, “d’Estaing” and “French” capes were crossed one after the other, until the “Bay of the Bird”, which the Marion-Dufresne elected as a resting place, in front of the mythic “Kerguelen Arch”, finally revealing itself.

It thrones at the extreme side of the well named “Point of the Arch”. Two monumental rocky pillars stand up and draw a majestic door from which only winds and snow, falling in small flakes, seem to own the key. From cliffs standing around the bay do jump multiple cascades, as the marine curtain is stretched by violent winds blowing on the surface.

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Posté par AdrienAms à 18:34 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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